MT 180 2026 : le jury et le public ont désigné les gagnants de la finale IP Paris
La compétition était intense et serrée ce jeudi 12 mars 2026 sur la scène de l’amphithéâtre Poincaré de l’École polytechnique. Les finalistes IP Paris de la finale locale du concours MT 180 ont brillamment exposé leur sujet de thèse devant un public captivé de non experts en sciences. Parmi les personnes présentes, 200 lycéens étaient invités par le Centre égalité des chances IP Paris dans le cadre du dispositif national des cordées de la réussite.
Le concours Ma thèse en 180 secondes est une manière originale de présenter la recherche et d'inciter les plus jeunes à embrasser une carrière scientifique. À l’issue de la représentation, les lycéens ont pu déjeuner avec les finalistes afin de bénéficier d’un temps d’échange avec eux et de mieux mieux connaitre les métiers de la recherche.
Palmarès 2026
Le jury, composé de personnalités issues des mondes académique, scientifique, artistique, médiatique et éducatif, a dû départager, non sans difficulté, les prestations des candidats. Grâce à la complémentarité de leurs regards, ils ont valorisé la clarté, la pédagogie et la passion scientifique des doctorantes et doctorants.
Voici le palmarès de cette édition 2026 :
- Le 1er prix du jury a été remis par Matthieu Lefrançois, chef de rubrique Physique pour le magazine Sciences & Vie Junior, à Margherita Castellano, doctorante au Centre de Mathématiques Appliquées (CMAP*), pour sa thèse intitulée Équations de Navier-Stokes-Cahn-Hilliard avec des surfactants.
- Le 2ème prix du jury a été remis par Étienne Brière, directeur scientifique et partenariats France & Expert Fellow du groupe EDF, à Magali Korolev, doctorante au Centre de Physique Théorique (CPHT**) pour sa thèse intitulée Systèmes corrélés en interaction, transport en physique mésoscopique et information quantique.
- Le 3ème prix du jury a été remis par Sylvie David, actrice et interprète, à Kate Sorg, doctorante au Laboratoire Optique et Biosciences (LOB***), pour sa thèse intitulée Fonctions biologiques des structures d'acides nucléiques non canoniques appelées G-quadruplexes chez les archées.
- Le prix du public a été remis par Kellya Manange, élève de terminale au lycée Julie Victoire Daubié d’Argenteuil, à Margherita Castellano, doctorante au Centre de Mathématiques Appliquées (CMAP*), pour sa thèse intitulée Équations de Navier-Stokes-Cahn-Hilliard avec des surfactants.
Un grand bravo à toutes les trois. Elles participeront à la finale régionale du concours MT 180 qui aura lieu le 16 avril 2026 à La Terrasse à Gif-sur-Yvette.
![]() | Margherita Castellano effectue sa thèse au Centre de Mathématiques Appliquées (CMAP, une unité mixte de recherche CNRS, Inria, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Équations de Navier-Stokes-Cahn-Hilliard avec des surfactants. En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?Mon travail consiste à décrire mathématiquement une situation physique dans le but de mieux comprendre les dynamiques qui y entrent en jeu. Dans le cas présent, il s’agit de s’intéresser à l’interaction de deux fluides qui ne se mélangent pas - comme l’eau et l’air ou l’eau et l’huile par exemple - en présence de petites molécules appelées surfactants, ou tensioactifs. Ces molécules ont la propriété d’altérer les tensions de surfaces et de stabiliser des systèmes qui sans elles, se sépareraient rapidement (cinétiquement instables). Pendant ma thèse, j’ai effectué un travail de modélisation, afin de choisir les bonnes équations et les bons termes qui décrivent l’évolution temporelle du phénomène physique observé. Or, comme ces équations sont trop complexes pour être résolues exactement à l’aide de formules mathématiques, j’ai utilisé une méthode numérique afin d’en obtenir une estimation. J’ai ensuite analysé mathématiquement les propriétés du système d’équations obtenu (appelé système discret) afin de vérifier la fiabilité des résultats qu’il fournit. J’ai alors pu simuler numériquement le phénomène physique et mieux le comprendre. Les surfactants sont extrêmement communs et interviennent dans des contextes très variés. Une meilleure compréhension de leur fonctionnement peut donc être utile dans de nombreux domaines comme les sciences du climat, l’industrie pharmaceutique ou la microfluidique. Que représente le concours MT180 pour vous et qu’attendez-vous de cette expérience ?Le concours MT180 est avant tout à mon sens un défi de vulgarisation. Il me permet de partager en quelques mots des problématiques de recherche complexes et des concepts abstraits tout en essayant de faire part de ma fascination pour les mathématiques. Je trouve de plus très intéressant, voire puissant, d’être limitée à trois minutes. Cela oblige à éliminer le superflu. Enfin, j’espère faire vivre ma thèse grâce à cette expérience en la rendant imagée et parlante. J’ai pris beaucoup de plaisir dans la recherche de métaphores lors de l’écriture de mon texte, et j’entends en prendre encore plus en leur donnant de la voix. |
![]() | Magali Korolev effectue sa thèse au Centre de Physique Théorique (CPHT - une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Systèmes corrélés en interaction, transport en physique mésoscopique et information quantique. En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?Mon travail de thèse est théorique et concerne à la fois la physique quantique et le domaine de la matière condensée. Je m’intéresse à des systèmes dits topologiques, c’est-à-dire des matériaux dans lesquels de grands nombres d’électrons s’organisent et interagissent entre eux pour générer des propriétés collectives stables et résistantes aux perturbations. En fonction de l’agencement des électrons et de leurs interactions, ces systèmes sont amenés à changer de phase (ou d’état, de la même manière que l’eau existe sous forme solide, liquide ou gazeuse). Ils peuvent alors passer d’une phase très simple - par exemple un état isolant dans lequel les électrons sont immobiles et n’interagissent pas entre eux - à un état topologique. C’est la transition de phase topologique. En m’appuyant sur des équations et des simulations numériques je caractérise ces transitions dans des systèmes où les électrons interagissent et se déplacent selon des règles et des géométries précises. J’observe ensuite comment ces mêmes règles et ces structures géométriques affectent les transitions topologiques. Dans ce contexte, il s’avère que le passage d’un état simple à un état topologique se traduit par des équations totalement différentes de celles qui caractériseraient une transition entre deux états simples. Mais pourquoi étudier ces changements de phase ? Certains matériaux se comportant comme des systèmes topologiques présentent souvent des excitations électroniques à leurs extrémités : les états de bord protégés. Ces derniers sont à l’abri de toute impureté, changement de paramètres ou agitations inévitables de particules (fluctuations quantiques), ce qui intéressent fortement les concepteurs d’ordinateurs quantiques. Depuis quelques années les scientifiques cherchent à mettre au point des puces quantiques utilisant les états de bords protégés pour générer des qbits (l’unité d’information de l’informatique quantique). Les ordinateurs qui en découleront seront puissants et fiables. Seulement, manipuler ces particules et leurs propriétés nécessite une très bonne connaissance théorique des matériaux quantiques dont il reste de nombreuses choses à découvrir. D’où mon travail de thèse. Que représente pour vous le concours MT180 et qu’attendez-vous de cette expérience ?Outre la vulgarisation scientifique, ce concours est avant tout l’occasion idéale de promouvoir la science et la recherche, et plus particulièrement auprès des jeunes filles. J’ai choisi les sciences car plus jeune j’ai eu la chance de voir beaucoup de documentaires et de vidéos de vulgarisation scientifique sur le web. Tous étaient réalisés par des personnes très talentueuses qui ont su piquer mon intérêt mais peu d’entre elles étaient des femmes. Aujourd’hui je suis doctorante - ce dont j'ai toujours rêvé - et j'estime que c'est à présent mon rôle de transmettre ma passion pour la physique quantique et les sciences en général, surtout aux filles ! |
![]() | Kate Sorg effectue sa thèse au Laboraoire d'Optique et Biosciences (LOB - une unité mixte de recherche CNRS, Inserm, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France). Elle est intitulée Fonctions biologiques des structures d'acides nucléiques non canoniques appelées G-quadruplexes chez les archées. En quoi consistent vos travaux de thèse et quelles sont les applications possibles ?La molécule d’ADN est connue pour son agencement en double hélice et ses liaisons adénosine-thymine (A-T) / guanine-cytosine (G-C). Il arrive cependant que ce plan d’assemblage universel diffère et que des nucléotides de guanine se lient entre eux pour former des quartets. Ces derniers s’empilent alors spontanément les uns aux autres et donnent naissance à des structures d’ADN un peu étranges, les G-quadruplexes (G4). Les G4 influencent la manière dont notre ADN fonctionne. Ils peuvent impacter l’expression et la réplication du génome et sont capables d’allumer et/ou d’éteindre des processus cellulaires pour leur maintenance. Mon travail est donc d’étudier spécifiquement les G4 chez les archées, des micro-organismes évolutivement proches des eucaryotes et vivant dans des conditions peu propices à la vie : températures élevées (95°C), milieux acides, environnements salins, etc. J’ai tout d’abord utilisé la microscopie par immunofluorescence pour marquer et repérer précisément les G4. En utilisant des microscopes dont la résolution était de plus en plus élevée (de l’ordre de 20 nm pour certains), j’ai pu montrer pour la première fois que les G4 existent chez ces microorganismes constituant un groupe ancien de la vie sur Terre. Observer des G-quadruplexes chez les archées prouve en outre que ces structures étaient présentes très tôt dans l’évolution et donc, aujourd’hui, chez tous les êtres vivants. Cette première étape terminée, je cherche à présent à comprendre les différents rôles des G4 au sein des archées. Je prévois ainsi de supprimer certains G-quadruplexes pour observer si les archées peuvent toujours survivre en conditions extrêmes. Il s’agira ensuite de déterminer si les rôles des G4 sont similaires chez les archées et les humains, et ainsi de découvrir les liens éventuels entre ces deux groupes. Ou, à l’inverse, d’identifier des fonctions spécifiques aux archées. Ce travail de recherche fondamentale ouvrira la voie à d’autres recherches tournées vers les applications potentielles des G4. Parmi elles, l’utilisation de ces structures dans le développement de médicaments dirigés contre les maladies neurodégénératives. Que représente pour vous le concours MT180 et qu’attendez-vous de cette expérience ?Je suis originaire des États-Unis et installée en France depuis 3 ans. Ce concours est pour moi une façon de tester mon français mais aussi d’être fière de tout le travail que j’ai accompli sur le plan scientifique ainsi que sur le plan linguistique et culturel. MT 180 me permettra également d’apprendre à communiquer mes recherches auprès du grand public et aussi de découvrir le travail des autres concurrents...tout en m’amusant ! |
L'Institut Polytechnique de Paris remercie chaleureusement ses partenaires Ville de Palaiseau, Science et Vie, CASDEN Banque Populaire, MGEN pour le soutien des Prix de l'édition 2026.
Merci également aux membres du jury Jamal Atif, Etienne Brière, Audrey Sedano, Matthieu Lefrançois, Sylvie David, Amélie Kies et Kellya Manyange pour leur regard affûté.
Enfin, félicitations à Augustin Cledat, Umberto Fontana, Louise Loridon, Martina Pierri, Adrien Ramanana Rahary, Nathan Roubinowitz, et Nadir Soucha pour leur éloquence et leur courage !
*CMAP : une unité mixte de recherche CNRS, Inria, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France
**CPHT : une unité mixte de recherche CNRS, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France
***LOB : une unité mixte de recherche CNRS, Inserm, École polytechnique, Institut Polytechnique de Paris, 91120 Palaiseau, France
Photo en tête d'article, de gauche à droite : Sylvie David, Audrey Sedano, Jama Atif, Kellya Manyange, Adrien Ramanana Rahary, Martina Pierri, Nathan Roubinowitz, Umberto Fontana, Louise Loridon, Amelie Kies, Nadir Soucha, Augustin Cledat, Margherita Castellano, Matthieu Lefrançois, Magali Korolev, Kate Sorg, Etienne Brière, Valérie Druguet.


